Tomber de haut

Je n’aime pas les hauteurs. Apparement, environ 5% de la population souffre d’acrophobie. Je ne sais pas exactement où je me trouve sur l’échelle de la peur mais je connais bien l’impression d’avoir l’estomac tordu, le goût de vomir, le “shake” et même le sentiment de panique. De façon bien calculée, il y a certaines hauteurs que j’ai réussi à surmonter avec tremblement.

Je déteste monter dans les échelles. Je n’arrive pas à monter sans imaginer perdre l’équilibre et tomber par derrière. Il y a quelques années, je devais vider les gouttières autour de la maison car elles étaient pleines de feuilles. Voulant être responsable, j’ai emprunté la grande échelle du voisin et je me suis installé. À peine monté, je tremblais déjà. J’ai tout de même continué en me disant, qu’au moins, ce n’était pas un appartement et que ça ne ferait pas si mal que ça de tomber. Je me suis rendu aussi haut qu’il fallait pour pouvoir atteindre la gouttière en m’étirant le bras. Je me suis mis à trembler et avoir mal au ventre à un tel point que je ne pouvais pas continuer. Tranquillement, je suis descendu en jetant un p’tit coup d’oeil autour pour être certain que personne ne m’avais vu. J’ai finalement réussi à le faire quelques jours plus tard avec mon épouse qui tenait le bas de l’échelle. Ce fut tout de même long et pénible.

Un autre moment, mon beau frère est venu m’aider à changer le bardeau sur mon toit. Je ne pouvais pas avoir l’air peureux devant le beau-frère quand même alors j’ai mis mon poker face. Heureusement, il a fixé l’échelle bien solidement et cela m’a permis de monter et de descendre avec un peu de confiance. J’ai passé la journée sur le toit en me tenant le plus loin du bord et en me disant que mes chances de survie, si je devais tomber, était élevées quoique les blessures pouvaient être bien douloureuses.

Le premier été avec notre roulotte, j’ai laissé Amélie monter sur le toit pour balayer et faire le nettoyage. Ce n’est qu’à la fin de la saison que j’ai réussi à monter pour la première fois. Je n’avais pas trop le choix puisque j’étais seul.

La crainte dans toutes ces histoires n’est pas autant celle des hauteurs mais plutôt la crainte de tomber de haut et me faire mal. L’anxiété à l’idée de tomber ainsi que la douleur des blessures possible rendent les hauteurs effrayantes. La peur devient démesuré et très réelle. Elle cause un blocage paralysant et souvent insurmontable.

Bon, on s’en va où au juste avec ces histoires? Il y a une autre forme d’acrophobie. Une crainte associé à une autre sorte de hauteur. Cette hauteur est celle de l’opinion que les gens se font de nous. Je vous épargne plein des détails mais dernièrement je parlais avec des gens et l’une des conversations était autour de la crainte que j’ai de décevoir ceux qui, tout au long de ma vie, m’ont considéré comme un modèle et une personne responsable. Je n’ai pas de problème à avoir une bonne réputation. Je pense que cela est quelque chose que nous désirons tous. Par contre, les problèmes commencent lorsque cette réputation nous contrôle. Aujourd’hui je ne suis plus la même personne que j’étais il y a quelques années. Ma vision du monde, ma théologie et ma perspective de la foi chrétienne en particulier ont bien changées. À la lumière de ces changements, je trouve en moi une grande crainte d’être découvert, mis a nu! C’est bizarre puisqu’au fond je veux être connu tel que je suis mais je crains aussi que cela vienne qu’à décevoir ceux qui pendant longtemps m’ont connu, perçu et apprécié d’une certaine manière. Je crains qu’en étant moi-même, je tomberais de haut dans l’opinion de certaines personnes.

Je réalise que ce que je viens d’écrire est peut-être flou. J’y apporterai un peu de clarté dans les prochaines semaines et les prochains mois en abordant certaines choses sur le blog. Mon objectif n’est pas de parler de moi. J’espère utiliser mon histoire pour en inspirer d’autres. Surtout, j’espère que mon histoire pourra te secourir de ta crainte de tomber de haut vis-à-vis l’opinion que les gens se font de toi. Je ne parle pas de développer un “je m’en foutisme”. Je parle de trouver une liberté de se laisser être ce que nous sommes pour aussi mieux accepter l’autre tel qu’elle ou qu’il est.

Qu’est-ce que les gens pensent de toi qui n’est peut-être pas tout à fait exacte? Est-ce que tu crains ce qui pourrait arriver si tu te faisais connaître?

Ouvert ou fermé?

Lorsque tu te réveilles le matin, mets-tu les pieds hors du lit en pensant que tout ce que tu feras aujourd’hui est déjà déterminé ou crois-tu que tu as un libre choix dans les décisions que tu prendras? On ne se pose peut-être pas cette question de façon concrète à tous les matins mais, consciemment ou non, nous y avons chacun répondu d’une manière ou d’une autre.

Certains abordent la question d’un point de vue religieux. Est-ce qu’il y a un Dieu qui est au contrôle de tout et est-ce que ce Dieu a prédestiné toutes choses. Si le divin ne fait pas partie de la question, alors on se demande simplement si notre destin est fixé ou non. Prenons-nous vraiment des décisions au courant de la journée ou bien suit-on tout simplement un chemin qui est tracé pour nous par un Dieu, par le destin ou par une série d’évènements qui sont le fruit du hazard et de la chance?

Pour débuter, j’approche la question du point de vue d’une personne qui maintien la notion de l’existence d’un Dieu. Si tu n’es pas cette personne, j’espère que tu seras tout de même intéressé par le sujet. Derrière la question qui demande si j’ai un choix ou non, se trouve aussi la question qui cherche à comprendre si un Dieu omniscient (qui connaît tout) et omnipotent (tout puissant) doit nécessairement avoir déterminé et fixé le futur. En d’autres mots, existe-t-il pour Dieu, et donc pour nous, des possibilités?

On s’en va où au juste? Est-ce que nous nous dirigeons à quelques part ou est-ce que nous sommes conduit, malgré nous, par l’illusion du choix pendant que les ficelles de nos vies sont tirés par Dieu?

Vous devinez peut-être de quel côté je penche. Je vous en direz plus dans les prochaines semaines.

Les pasteurs qui cessent de croire

(Ce qui suit contient des citations en anglais)

Le monde évangélique fut bouleversé dans les derniers jours en apprenant que Joshua Harris ne se considère plus croyant. Une semaine plus tôt il nous annonçait qu’il se séparait de son épouse. Vous ne trouverez pas ici une critique de sa décision. Si cela vous intéresse il suffit de faire une recherche google et vous trouverez plein de chrétien avec des paroles venimeuse à son égard. 

Pour ma part, je suis curieux. Il n’est pas le premier pasteur évangélique (même s’il avait quitté son poste de pasteur pour retourner aux études il y a environ 4 ans) a quitter la foi. Il ne sera certainement pas le dernier. J’ai lus plusieurs histoires semblable a la sienne dans les dernières années.

À force de lire, je me rends compte que tout comme dans le monde évangélique, parmi les penseurs athées et agnostiques, il y a toute sorte de divergences qui en découlent. Il y a des penchants plutôt philosophiques avec des divergences. Il y a des penchants scientifiques avec des divergences. Même la communauté scientifique athée et/ou agnostique ne s’entend pas pleinement sur les manières d’expliquer l’inexistence de Dieu ni sur les manières de définir les implications de l’inexistence (ou même de l’existence) de Dieu. 

En fin de compte, quoi que je ne partage pas toutes les conclusions, j’ai tout de même beaucoup de respect et de compréhension à l’égard de ceux qui n’arrive pas ou qui n’arrive plus à accepter l’existence de Dieu. Il y a tendance chez bien des chrétiens à prétendre que ceux qui rejette l’existence de Dieu sont rebelles et misérables! Pourtant, parmi la communauté chrétienne il y a bien des gens misérables et rebelles aussi. La bonté, le bonheur, la joie, le respect et l’amour du prochain ne sont pas des qualités qui appartiennent à la religion. Il y a des croyants extrémistes tout comme il y a des athées extrémistes. Il y a des croyants un peu “zoin zoin” tout comme il y a des athées un peu “zoin zoin”. Par contre, en général, d’un côté comme de l’autre, il y a des individus normaux qui ne cherchent qu’a cheminer dans la vie. Nous n’avancerons à rien si nous n’arrivons pas premièrement à respecter ceux qui ne pensent pas comme nous. Que ce soit d’un côté ou de l’autre de l’argument. 

En ce qui me concerne, j’ai été particulièrement intrigué par les raisons qui pousseraient un pasteur évangélique à abandonner la foi pour devenir athée (une personne qui affirme l’inexistence de Dieu jusqu’à preuve du contraire) ou agnostique (une personne qui prétend qu’il n’est pas possible de savoir si oui ou non Dieu existe. Donc, Dieu n’existe probablement pas ou, s’il existe, ça ne doit pas être très important puisque ce n’est pas évident ni possible de le démontrer). L’emphase dans les livres est sur les raisons qui ont amené ces pasteurs aux conclusions qu’ils racontent. Des doutes qui les ont menés à une poursuite de réponses et, pour diverses raisons et de différentes manières, cette quête les a menés à la conclusion que leur foi était fausse. 

Voici quelques citations (en anglais) expliquant un peu les raisons qui ont conduit ces pasteurs à laisser tomber leur foi chrétienne :

I did not lose my faith – I gave it up purposely. The motivation that drove me into the ministry – to know and speak the truth – is the same that drove me out. I lost faith in faith. I was forced to admit that the bible is not a reliable source of truth : it is unscientific, irrational, contradictory, absurd, unhistorical, uninspiring and morally unsatisfying. – Dan Barker, Godless : How an Evangelical Preacher Become one of America’s Leading Atheists

When we seek for a cause of it all …. We may even have to say, like I had previously said, that it cannot be figured out with reason, and initially it can’t. But when we reflect on why we can’t figure it all out, the best reason I can offer is that random chance events can’t be figured out by hindsight, because there is nothing but chance to account for them. So in the end, I do have a reason for what I believe. Nature is ultimate. According to the late Carl Sagan, « the cosmos is all there is, was, or ever will be. » According to Bertrand Russel, the universe is simply « a brute fact. » I am an atheist. There is no God. And there is at least one reason for me not to believe in God, and that is because this universe is absurd when we try to figure it out. Any attempt I know of to figure it out fails, except the conclusion that it arose because of chance. According to Jacques Monad, « our number came up in a Monte Carlo game. » …… I think the default position is (soft or weak) agnosticism, which simply says, « I don’t know. » That’s right; I don’t know what to believe after rejecting all religious viewpoints. I could even concede that there is a God, a deist god, a philosopher’s god. But as I said, such a distant god is practically no different than none at all. That’s why I’ve chosen to be an atheist, since it makes no difference to me even if a god does exist. But I could be wrong, and I admit it …. Surely if God exists, he knows what it would take for us to believe. So why doesn’t he do what it takes? … this problem is best explained by the fact that God doesn’t even exist … everything I have examined so far has failed to  provide a satisfying answer, except atheism. – John W. Loftus, Why I Became an Atheist : A Former Preacher Rejects Christianity

I oppose the Christian Church because, for all the good it sometimes does, it presumes to speak in the name of God and to propound and advocate beliefs that are outdated, demonstrably untrue, and often, in their various manifestations, deleterious to individuals and to society …. I was beginning to question the Christian faith … I am a former Christian minister who is now an agnostic. – Charles Templeton, Farewell to God : My Reasons for Rejecting the Christian Faith

The information that was left out of our announcement is that I have undergone a massive shift in regard to my faith in Jesus. The popular phrase for this is “deconstruction,” the biblical phrase is “falling away.” By all the measurements that I have for defining a Christian, I am not a Christian. Many people tell me that there is a different way to practice faith and I want to remain open to this, but I’m not there now.⁣ – Joshua Harris

Comment réagis-tu en lisant de tels propos?

La Bible le dit mais cela ne suffit pas

Oui c’est vrai, je sais que c’est vrai. Il est écrit, cela suffit. 

Ces paroles d’une chanson qui était souvent chanté à l’église lorsque j’étais jeune ne sont pas si rassurantes que cela. Si seulement les choses pouvaient être aussi simple! Pour bien des gens, ce n’est pas le cas.

Malheureusement, simplement dire que « la bible le dit, cela suffit » est en effet très loin de suffire. L’évidence démontre plutôt le contraire puisque l’on n’arrive pas très bien à s’entendre sur ce que la Bible dit « clairement ». S’il y a une chose certaine en regardant l’histoire de l’église c’est que la bible est tout sauf très claire. Cela n’est pas le problème car la bible n’a jamais eu la prétention d’être une réponse claire a tout. Pourtant, nous essayons tout de même de la réduire à un texte qui affirme et confirme nos positions pour ensuite justifier le besoin de se séparer de ceux qui interprète le texte différemment.

Comment reconnaître une fausse doctrine? Facile. Ce sont les doctrines qui sont différentes de celles de ta tradition/dénomination.

Comment reconnaître la bonne doctrine? Facile. Elle affirme les positions de ta tradition/dénomination.

Ensuite, pour s’assurer que tu ne te laisse pas trop « séduire » par ceux qui pensent différemment, ils te diront que ces gens qui enseigne de « fausses » doctrines sont dangereux et cherchent à semer la controverse en spéculant et en donnant l’impression d’être convaincu. A l’inverse, ceux qui pense comme toi sont ceux qui étudient fidèlement les écritures, et sont les seuls à être motivés d’un véritable amour et d’une foi sincère.

Pour certains, la bible se prononce clairement sur à peu près tout.

Pour d’autres, la bible inspire et fait réfléchir mais n’est pas un livre de réponse à tout.

Au lieu de tracer des lignes et bâtir des murs entre « nous » et « eux », pourquoi ne pas tout simplement accepter de vivre avec la réalité que certains trouve dans les pages de la Bible une clarté et d’autres non. Certains comprennent un texte d’une manière alors que d’autre comprennent le même texte d’une autre.

« Qui a raison? » n’est peut-être pas la bonne question.

Le doute n’est pas à fuir

L’église est souvent un endroit où être spirituellement honnête est un grand risque. – Pete Enns (Church is often the riskiest place to be spiritually honest.)

Il est difficile d’être spirituellement honnête sans reconnaître la réalité et la place du doute dans notre parcours de vie.

Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui ont des doutes et des questions. Je sais aussi que plusieurs sont mal à l’aise avec le doute de peur de se faire dire qu’elles manquent de foi ou qu’elles ne doivent pas être de vrais chrétiens. Pour certains d’entre nous, l’église est la communauté où se trouvent nos amis et l’endroit où nous avons passé de nombreuses années, sinon toute notre vie. Le risque de perdre tout cela est effrayant. Nous pouvons craindre le rejet parce que nous ne pouvons pas embrasser tout ce que l’église semble tenir si fermement.

Le doute n’est pas un problème. C’est bien de poser des questions. Certainement très inconfortable, mais bon et bien. Être ouvert à la possibilité de s’être trompé ou d’avoir mal compris n’est pas un processus agréable. Tu n’as peut-être pas tort, mais pour une raison quelconque tu te poses des questions et n’est pas certain d’avoir raison. Ne pas savoir ce qui se trouve de l’autre côté de nos questions peut être inquiétant.

Comment réagis-tu devant le doute ? Certains s’ancre plus profondément dans les croyances acceptées par leur tradition. Ils peuvent même devenir des féroces défenseurs de la foi, étouffant leurs questions et portant un masque de certitude et de colère envers quiconque voudrait remettre en question leur croyance ou même oser proposer une autre façon de penser.

D’autres vont considérer leurs doutes comme un manque de maturité ou le résultat d’un manquement dans leur vie. Ils se soumettront humblement à ce qui est accepté dans leur contexte et se sentiront coupables d’avoir ces doutes. Ils vont continuer en poursuivant sincèrement Jésus et en espérant que leurs doutes finissent par disparaître. C’est rarement le cas.

En matière de foi, la certitude n’est pas nécessairement une marque de maturité spirituelle. On peut faire confiance à Dieu sans être certain du tout.

Il y a différentes choses qui nous font douter. Par exemple, le doute peut provenir du fait que la base de ton système de croyance repose principalement sur un livre écrit et compilé il y a des siècles, dans un pays lointain, par des gens dont la compréhension du monde était très différente de la tienne. Il est normal aussi de douter puisque ce même livre, depuis son origine, fait l’objet de nombreux débats par des personnes sincères qui tentent de comprendre ce que le livre dit « vraiment et clairement ». Disons que nous sommes loin de l’unanimité.

Si ce que la bible dit de Dieu est vraie alors il sait qui je suis et où je me trouve sur le chemin de la vie (Psaume 139). Parfois, les plus ardents défenseurs de la foi semblent remplis de colère et même de haine envers leur prochain. Je pense que c’est dû au fait qu’en réalité ils ne sont pas si certains que cela et ont du mal à gérer l’idée que quelque chose qu’ils estiment être vrai pourrais ne pas l’être ou bien même que quelqu’un oserait prétendre différemment qu’eux.

L’expression « la bible le dit, cela suffit » n’est pas très rassurante. C’est un peu plus compliqué que ça.

Alors, on fait quoi ? On abandonne ou ont laissent le doute nous mener à une poursuite plus profonde et honnête de ce qui est vrai ? La foi peut-elle grandir dans le doute ? Est-ce que suivre Jésus nécessite la certitude ?